Ville de Genlis

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Histoire des marchés et foires :

 

 
Il y a quelques décennies en arrière, Genlis était le centre d’affaires du canton.
En effet, les foires, et le marché de la ville, étaient les seuls lieux d’échange pour les denrées alimentaires et autres fournitures domestiques.
Parmi ces places de commerce, il ne faut pas oublier de compter aussi le comice agricole du canton qui avait lieu tous les trois ans, à Genlis sur le champ de foire, depuis le tout début du XXe siècle.

 

Le marché

Le premier document retrouvé sur le marché de Genlis[1] est un arrêté communal, du 18 octobre 1888, portant institution et règlement d’un marché. Le premier marché fut fixé au premier novembre de la même année et devait avoir lieu tous les jeudis. Il s’agissait d’ « un marché de comestibles et de légumes comprenant poissons, volailles, œufs, gibier, beurre, crème, fromage, viande de boucherie, pomme de terre, carottes du jardinage et autres légumes ». Il avait lieu sur la place de la mairie entre la caserne de gendarmerie et le jardin du secrétaire de mairie, c'est-à-dire au niveau de l’emplacement actuel du centre culturel de Genlis.

De plus, il était précisé que ce marché devait commencer à 7h30 en hiver et à 6h pendant tout le reste de l’année. Le placement des marchandises se faisait avec l’amodiateur des foires et sous surveillance du garde champêtre afin que chaque vendeur ait une place convenable pour la vente de ses denrées et que la circulation se fasse facilement. Les produits « corrompus ou nuisibles » pouvaient être saisis et détruits. Enfin, un fermier des foires était chargé de nettoyer et d’enlever tous les résidus des marchandises après la fin de chaque marché.

Cependant, un arrêté du 3 mars 1873[2] signale que le marché de Genlis avait été interrompu depuis l’époque de la guerre, mais qu’il sera rétabli à partir du jeudi 6 mars de la même année. Il aura donc lieu comme précédemment, le jeudi de chaque semaine, et se tiendra sur la place des halles.

Un arrêté plus ancien, du 15 décembre 1857[3], porte aussi sur la tenue et la police des marchés. Selon ce document, il est dit qu’ « aux termes de l’article 11 de la loi du 18 juillet 1837, le présent arrêté, dont une copie a été déposée à la Préfecture de Côte d’Or le 19 décembre 1857, sera exécutoire à Genlis à partir du 19 janvier 1858 ». On y apprend aussi que cet arrêté a été délivré pour copie conforme « au sieur Sapanel fermier des places à foires et marchés ».

Mais le plus ancien document portant sur le marché de Genlis est un extrait du registre des délibérations du conseil municipal de la ville, du 8 février 1838[4]. Il s’agit d’un projet pour le rétablissement d’un marché, projet vu et approuvé par le préfet le 12 mars 1838. On sait alors que « sur la proposition faite par M. de Chamblay, Juge de paix du canton de Genlis et membre du conseil municipal de cette commune, M. le Maire a exposé à l’assemblée que par ordonnance royale de 1768 il avait été établi dans la commune de Genlis, un marché pour le jeudi de chaque semaine.

Que depuis plusieurs années ce marché était tombé en désuétude par le défaut de communication entre Genlis et les communes environnantes qui devaient alimenter ledit marché.

Mais qu’aujourd’hui les communications étant rendues faciles par la viabilité des chemins et les produits des céréales plus abondants, il importait beaucoup à ladite commune et à ses environs que ce marché fut rétabli et mis en activité afin de faciliter l’écoulement des produits d’un très grand nombre de communes qui en sont rapprochés, que dès lors c’est le cas d’aviser aux moyens pour arriver au but proposé.

[…]

Considérant en outre que la commune de Genlis par la proximité du canal de Bourgogne et de la Saône dont elle partage également la distance est très susceptible de devenir lieu d’entrepôt des denrées faisant l’objet du commerce des habitants du canton de Genlis auxquels elle offre des avantages considérables par la position au centre d’un pays agricole. »

D’après ces documents, on constate que le marché de Genlis, sans doute établi dès1768, aconnu les aléas de l’état des voies de communication et de la guerre de 1870-1871. D’autre part la reprise des activités du marché dans les années 1830 est aussi à mettre en relation avec la construction du bâtiment des halles à la même époque.

 

Les foires

Le 22 janvier 1838, la commune de Genlis avait fait établir un tableau des foires existant dans le canton. Une telle archive nous montre alors l’importance de ce type de rassemblements en milieu rural. En effet, le canton disposait à cette époque pratiquement d’une foire tous les mois sauf en hiver - en décembre, janvier, et février – et en été - en juillet et août, période des moissons. La période où il y avait le plus de foire était septembre avec les manifestations de Genlis, Pluvault-Longeault, Aiserey et Longecourt-en-Plaine. En effet, la plupart des récoltes étaient ramassées et c’était alors le moment de préparer ses réserves pour la saison froide. Toutes ces foires duraient une journée et on y trouvait de tout : draperie, mercerie, quincaillerie, des denrées alimentaires et du bétail.

 

Á Longecourt, il y avait deux foires dans l’année : une le 23 mai et une le 25 septembre. Elles étaient instituées depuis l’ordonnance royale du 28 mars 1820. Les villages de Pluvault et Longeault réunis tenaient leurs deux foires le 21 avril et le 12 septembre. Ces rassemblements semblent exister depuis le début du XIXe siècle. Á Aiserey, il y avait aussi deux foires : une le 1er mai et une le 17 septembre. Elles ont été instituées dans les années 1795. Longchamp organisait ses foires le 12 mai et le 26 septembre. L’ordonnance royale autorisant leur tenue n’a pas été retrouvée, mais il serait question des années 1815. Quant au village de Rouvres-en-Plaine, il tenait une foire annuelle qui avait lieu le 13 octobre, et ce, depuis un « temps immémorial ». Enfin, Genlis organisait quatre foires. Elles avaient lieu le 8 mars, le 7 juin, le 8 septembre et le 8 novembre. Les manifestations de juin et novembre avaient été autorisée par ordonnance royale de 1768, et celle de mars et septembre par l’ordonnance du 30 janvier 1833.

En effet, en ce qui concerne les foires de juin et novembre à Genlis, nous avons retrouvé dans les archives une copie conforme d’un document de 1769 portant sur ces deux rassemblements[5]. Il s’agissait d’une autorisation de tenir des foires à Genlis, obtenue par Fyot de Mimeure, alors conseiller au Parlement de Bourgogne. Il y était précisé que la première foire devait se tenir les 6, 7 et 8 juin, et la seconde, les 7, 8 et 9 novembre de chaque année. Un marché était également prévu le jeudi de chaque semaine. Ainsi était-il « permis à tous marchands et autres particuliers d’aller et venir dans lesdits foires et marchés pour y conduire et porter, vendre ou acheter, troquer et débiter toutes sortes de bestiaux, denrées et marchandises permises ». Ce document vante aussi les produits du terroir : « Le pays est très commode et dans une belle et heureuse situation ; les pasturages y sont bons, les bestiaux et volailles y sont communs, de même que le poisson à cause de la rivière de Tille qui passe et borde le village ; les endroits voisins abondent aussi en pâturages gras ; le village est situé entre Dijon et Auxonne à trois lieues de distance de l’une et l’autre ville, sur une belle route qui communique en Comté, en Suisse et en Allemagne ; il y a dans le lieu des auberges très bien bâties et commandes, des boulangers, bouchers, maréchaux et artisans de toutes sortes de métiers ; il y a poste aux chevaux, le courier de la poste aux lettres y passe de même que le carosse de voiture publique. Il y a des dépôts de bois de chauffage et de bois de service qui se tirent dans la bonne saison, des bois du voisinage : on y peut faire des dépôts de touts sortes de marchandises et denrées à cause du voisinage des deux ville et de la Saône, enfin, l’endroit est propre pour toute sorte de commerce[6]. ».

Cependant, la foire de mars de Genlis semblait être nuisible à celle d’Auxonne. En effet, dans une lettre du 18 février 1828 de la commune d’Auxonne adressée à la ville de Genlis, on apprend que les dates des deux manifestations étaient très proches et que le Val de Saône comptait aussi plusieurs foires à cette période. Un tel document est également révélateur de la situation économique du moment. En effet, la multiplicité des foires ne fait que se nuire les unes aux autres. De plus, les foires de cette période sont peu fréquentées en raison du mauvais temps bien qu’elles aient lieu à la sortie de la saison hivernale. Enfin, de telles manifestations sont aussi l’occasion de faire travailler d’autres commerçants comme les cabaretiers et les aubergistes.

Ensuite, plus d’un siècle après la mise en place des quatre foires de Genlis, la commune demanda l’autorisation à la Préfecture, le 27 novembre 1885, de créer une cinquième foire[7]. Elle aura désormais lieu le 8 janvier de chaque année. Le canton de Genlis a alors ainsi une foire pendant la saison hivernale.

Puis, dans les années 1910, le conseil municipal demanda l’autorisation à la préfecture de tenir ses 5 foires les premiers jeudis de janvier, mars, juin, septembre et novembre au lieu du 8 des mois cités. En effet, elles coïncidaient souvent avec les foires d’Auxonne et de Dole et elles avaient alors peu d’audience. De plus, les foires d’Arc-sur-Tille avaient lieu le premier mercredi de chaque mois et celles d’Auxonne le premier vendredi du mois, et comme Genlis constituait le point intermédiaire entre ces deux localités, le jour tout indiqué pour de nouvelles foires, selon la commune, était le premier jeudi du mois.

Les foires de Genlis connaissent ensuite un tel succès qu’en 1921 la commune demande à la préfecture l’autorisation de tenir une foire tous les premiers mardis de chaque mois[8]. C’est Eugène Bathelier, le président du syndicat professionnel des agriculteurs du canton de Genlis, qui en avait fait la requête auprès de la municipalité. En effet, les agriculteurs présents à la séance des délibérations du conseil municipal avaient démontré les avantages que présenterait cette foire mensuelle. Le canton de Genlis disposerait ainsi de foires toute l’année pour s’approvisionner régulièrement. Le conseil de Genlis avait donné un avis favorable ainsi que la Direction des services agricoles de la Côte d’Or et le ministre de l’agriculture. De plus, une enquête avait été menée auprès des 108 communes environnant le canton de Genlis. En effet, la tenue d’une foire dans un chef-lieu de canton nécessitait une enquête dans les municipalités situées dans un rayon de 20 km. On peut également noter que la première foire de ce nouveau système devait avoir lieu le 4 avril 1922 sous la forme d’une foire-concours. Des primes devaient être distribuées par les syndicats des agriculteurs du canton aux plus beaux sujets des espèces chevaline, bovine, ovine et porcine. La préfecture donna alors son autorisation le 27 septembre 1921. Cependant, le Préfet avait demandé, en juillet 1948, d’établir la liste des foires et marchés du département, afin de tenir compte des modifications qui avaient pu intervenir dans la situation économique depuis 1939, et Genlis n’y figurait qu’avec ces 5 foires traditionnelles. Elles avaient bien lieu le 1er jeudi de janvier, mars, juin, septembre et novembre. Il est même précisé qu’elles avaient été établies d’après un arrêté préfectoral daté du 11 octobre 1909. D’autre part, un marché se tenait tous les premiers jeudis de chaque mois depuis une délibération du 24 juin 1948 approuvée le 9 juillet suivant. Tout laisse penser que Genlis avait maintenu ses 5 foires annuelles, ou bien, que le nouveau système des foires mensuelles ne connu que quelques années d’existence. En tout cas, les habitants du canton avaient toujours la possibilité de s’approvisionner régulièrement tout au long de l’année avec le marché mensuel de Genlis.

 

Le marché des domestiques

 

Outre le marché, le comice agricole et les foires, Genlis possédait également un autre type de marché : c’était celui des domestiques.

En effet, cette location de domestiques, ou « louée » avait lieu le jour férié de la Saint-Georges, c’est-à-dire le 23 avril. Gabriel Charpy, dans son recueil de cartes postales sur les anciens métiers du canton de Genlis[9], nous relate l’ambiance de ce marché des domestiques : « Il y avait une grande animation, patrons et commis palabrant de longues heures, chacun campé sur le chiffre fixé depuis longtemps, n’en démordait pas. On faisait fi des sentiments, même filiaux qui étaient censés rapprocher les partenaires et des attaches qui unissaient durant de nombreuses saisons. Un ou deux francs suffisaient parfois à détourner un bon domestique d’un tout aussi bon patron. Comme cela se passait plus souvent au café qu’au champ de foire, il n’était pas rare de voir le tenancier intercéder pour l’une ou l’autre partie, d’autant que le marché qui se topait se terminait toujours autour d’une ou deux chopines. Rien qu’à Genlis, on comptait en 1900, 47 cultivateurs, ayant à leur service 34 domestiques au total. ».


[1] M 14 IIIe art.30 : création du marché de Genlis, 18 octobre 1888

[2]4 F 43 : foires et marchés, 1768-1888/1898-1948

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] 4 F 43 : foires et marchés, 1768-1888/1898-1948

[6] Citation reprise avec l’orthographe d’origine.

[7] M 14 IIIe art.30 : création du marché de Genlis, 18 octobre 1888

[8] SM art. 6903 : organisation et fonctionnement des foires et marchés dans le département, Genlis, 1908-1909

[9] CHARPY Gabriel. Anciens métiers disparus du canton de Genlis. Genlis : imprimé à la mairie de Genlis, 1993. 88 p.