Ville de Genlis

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L'église Saint-Martin

L’église, que nous connaissons actuellement, a été construite entre 1847 et 1849 à la suite de la destruction de la première église remontant sans doute à 1458.

Ces églises, la primitive et la nouvelle, sont toutes deux placées sous le vocable de Saint-Martin. 


L’ancienne église Saint-Martin

Une étude détaillée de cet ancien édifice est difficile car il ne reste que peu de documents. En effet, l’auteur de la principale recherche sur cette église, Yves Pirat, souligne le manque de données fournies par les archives. Et pour reprendre ses propres mots « nous devons louer le zèle patriotique des révolutionnaires Genlisiens, qui surent appliquer avec conscience le décret du 25 août 1792, lequel supprimait les archives féodales. Á Genlis, ces archives furent transportées au pied de l’Arbre de la Liberté et, en présence des notables, scrupuleusement brûlées ! ».

L’auteur regrette aussi de ne pas avoir pu consulter les archives de la Fabrique.

La première église de genlis. était située à l’angle septentrional du vieux cimetière, c’est-à-dire à l’emplacement actuel de la salle Saint-Martin.

Le plan d’alignement de Genlis de 1841, au un cinquantième, a permis de reconstituer schématiquement cet édifice disparu. 
D’après les devis, la largueur de la voûte de la nef était aussi large que l’église toute entière, ce qui laisse supposer qu’elle était sans bas-côtés : elle présentait donc un plan à nef unique. Cependant, nous ne connaissons pas ses dimensions. 
En ce qui concerne le clocher, aucun texte ne précise son emplacement. Toutefois, Pirat émet une hypothèse quant à son emplacement. D’après le calcul des dimensions des plancher du clocher, et sachant qu’il était flanqué de 4 contreforts saillants et que l’église n’était précédée d’aucun porche, il devait sans doute se situer en façade. De plus, dans un mémoire, il est rapporté que la tribune de l’église était composée principalement d’une partie d’un étage du clocher. Cette indication vient confirmé l’hypothèse.

La datation de cette église est également hypothétique. En effet, Pirat emprunte ses données de la monographie de Patouillet sur Genlis, mais nous ne savons pas d’où proviennent les sources de ce dernier. Donc, tout reste hypothétique. Selon Pirat « rien parmi tous les renseignements en notre possession ne permet de dater l’édifice. Il est du XIIIe siècle disent les monographies de Genlis, et cette datation est d’autant plus injustifiable qu’une église devait déjà exister au XIIe siècle (ce qui ne veut pas dire que ce soit la même !) et que les auteurs n’apportent aucun document, aucun détail architectonique, sculptural ou autre à l’appui de leur affirmation. ». Les seules archives qui subsistent de cette ancienne église sont les réparations qui y ont eu lieu après 1788, et elles les informations qu’elles fournissent ne permettent pas de donner une datation . Chacune des parties du bâtiment fut reconstruite à plusieurs reprises au cour du temps notamment au moins une fois entre la Révolution et sa démolition : murs gouttereaux, contreforts, chœur, clocher, nef, etc. De plus, des détails, comme l’emploi d’arcature plein cintre ou des contreforts ne permettent pas de donner une datation précise. En effet, de tels éléments n’ont pas été utilisés uniquement à l’époque romane. Pour conclure comme Pirat, « nous préférons avouer notre ignorance, laquelle n’est pas un défaut d’esprit selon le mot de Vauvenargues, plutôt que feindre un savoir que nous n’avons pas ».

En ce qui concerne les matériaux de construction de l’ancienne église, les devis de réparation du XIXe siècle donne des indications : pierre, brique, bois, tôle, moellons, etc. Autant dire qu’elle n’était plus que de bric et de broc !

L’église était flanquée, sur son côté méridional, de deux chapelles, hors d’œuvre : la chapelle Saint-Antoine et la chapelle Saint-Claude. Selon un acte du 11 février 1367, Guillaume de Vergy consent à la fondation de la chapelle Saint-Antoine, que proposent de faire des particuliers. Mais rien ne dit si elle a été construite juste après cet accord. Jean Valon, le plus ancien chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, y fut inhumé en 1652. Quant à la chapelle Saint-Claude, sa datation est aussi hypothétique. La monographie de Patouillet propose la date de 1682 avec la famille Valon comme fondateur. Mais dans son ouvrage, une note anonyme rectifie cette date : « peut-être 1592 ». Mais quoi qu’il en soit, Pirat prétend que cette date de 1682 est erronée. En effet, un procès verbal de visite du diocèse de 1668 témoigne de l’existence, mais aussi du très mauvais état, de cette chapelle. La chapelle existait alors bien avant 1682 mais nous ne savons cependant pas depuis quand. Pirat note aussi que ces deux chapelles étaient servies, en 1668, par des chapelains clercs du diocèse de Langres, alors que Genlis dépendait du diocèse de Chalon-sur-Saône. L’auteur n’a pas cherché à élucider le problème, nous non plus d’ailleurs, mais il pense que le fait est dû à l’attachement des Valon, de cœur mais aussi d’intérêts, à des régions du diocèse de Langres. Cependant, en 1716, le comte-évêque constate aussi que le chapelain est l’archidiacre La Loyère, de Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône. La chapelle Saint-Claude renferme plusieurs inhumations. En effet, Antoine Denis Valon décédé à Dijon le 24 avril 1686 et Claude-Bernard Valon mort à Genlis le 16 septembre 1694, tous deux seigneurs par moitié de Genlis et Uchey y furent enterrés. Richard Fyot, le troisième marquis de Mimeure, décédé à Genlis le 14 mai 1758 y a aussi sa sépulture mais son cœur fut transporté dans le caveau familial à Saint-Etienne de Dijon.

Entre les deux chapelles, il y avait la sépulture de Claude Philibert Marie Casimir Fyot, cinquième marquis de Mimeure, mort à Dijon le 6 février 1846. L’ancienne église Saint-Martin abritait aussi d’autres tombes dont celle de la fille d’Antoine Denis Valon près du chœur, et le cœur d’Emilien Valon inhumé le 23 septembre 1697. Il ne faut pas oublier non plus quelques épitaphes. En effet, il y avait celle de Jehan de Prenières, écuyer, inhumé en 1458, celle de Pierre de Prissey, écuyer, inhumé en 1460 et celle de Jacques Bizot médecin et procureur de Genlis en 1670 et décédé à Genlis le 13 février 1700.

Á un certain moment, l’église est dans un tel état de délabrement qu’elle menace ruine. Des réparations sont donc nécessaires. Leur nombre et leur ampleur attestent aussi de l’ancienneté de l’édifice.

En effet, en mai 1756, comme l’église menace de s’écrouler, le desservant, Villiers Antoine prêtre curé de Genlis, présente une requête à Monseigneur Joly de Fleury, intendant du duché. On y apprend qu’on « ne peut dissimuler plus longtemps le mauvais état de l’église de Genlis, les réparations qui y sont à faire augmentent tous les jours et cette église peut à chaque instant se trouver hors d’état de pouvoir y célébrer le service divin car la couverture et les charpentes dont les bois sont pour la plus grande partie pourris peuvent tout à coup s’enfoncer, ce qui pourrait occasionner la ruine totale de l’église, les murs du cimetière sont aussi dans le cas d’être réparés aussi promptement car ils sont en si mauvais état que le bétail peut y rentrer de toutes parts, ce qui le met dans le cas de l’interdiction qui produirait de grands inconvénients pour toute la paroisse. Il y a pareillement des réparations à faire à la maison curiale qui ne sont pas moins urgentes. ». Les réparations sont adjugées le 2 août de la même année pour une somme importante. Ces travaux portaient peut-être sur le mur gouttereau septentrional.

En effet, on sait d’après des archives que ce mur fut reconstruit quelques années avant 1788, date à laquelle il est écrit que « ce mur penche dangereusement par suite de la bévue d’un architecte qui fit couper les tirants de la charpente qui traversait la nef parce qu’ils faisaient mauvais effet » ! D’autres requêtes vont aussi être émises la même année pour des réparations au niveau du clocher et de la nef. La somme des travaux indiquent à elle seule l’état de vétusté de l’édifie.

Cependant la reconnaissance des travaux n’eut lieu qu’en 1790. Il y eut donc assez de temps pour que l’état de l’édifice s’accentue un peu plus et que la somme des travaux s’arrondissent aussi avec le mécontentement de Conseil de Genlis ! De plus, l’état du mobilier liturgique va de pair avec l’état général de l’édifice. En effet, une lettre des Fabriciens adressée à la commune, du 6 mai 1838, fait état des objets cultuels : « un mauvais ostensoir en cuivre argenté couvert de vert-de-gris, point de ciboire, point de crois pastoral, point de linge pour la sacristie, point d’aube à présenter à deux prêtres qui viendraient célébrer la messe, … ». Mais la ville de Genlis n’a pas les finances pour subvenir à tous ces grands travaux. Le curé de Genlis, l’Abbé Bouzereau, décide alors d’employer les grands moyens. Il va s’adresser à la Reine par un courrier du 2 octobre 1839 en ces termes : 
« La religion chrétienne qui était celle de Saint Louis et qui est aujourd’hui celle de votre auguste famille a besoin, vous n’en doutez pas, d’être propagée et cultivée dans les campagnes comme dans les villes et cela ne peut se faire, non seulement si l’on n’a des temples dignes de célébrer les Saints Mystères, mais encore les ornements indispensables à l’exercice du culte.
C’est là le motif, Madame, pour lequel les habitants de la Commune de Genlis (…), ont recours à votre Majesté pour solliciter de son âme généreuse les secours dont ils ont besoin pour se procurer les ornements indispensables. L’église est en ruine, la Commune ne peut subvenir à notre secours, ses revenus annuels suffisent à peine à ses dépenses, et les revenus de la Fabrique sont à peu près nuls : 75 F par an, souvent moins.
Les dépenses nécessaires s’élèvent à la somme de 500 F, et nous devons pour les réparations de l’église la somme de 1 500 F, sans ces réparations elle tombait en ruine. La sécheresse a privé cette année les habitants de deux tiers de leur récolte, ce qui ne leur permet pas d’ajouter au sacrifice de 2 000 F qu’ils ont déjà fait, si vous ne venez pas à leur secours, ils se voient sur le point d’être privé de pasteur.
Les bienfaits que reçoivent chaque jour de votre Majesté, toutes les personnes qui implorent votre bienfaisance, prouvent que vous êtes l’appui de notre Sainte Religion et la protectrice de tous les Français, c’est donc à ce titre, Madame, que nous vous implorons et que nous espérons obtenir de votre Majesté le bonheur de conserver notre Pasteur, et de voir le culte de nos pères exercé avec décence et majesté.
Notre reconnaissance sera sans bornes, et, de concert avec tous les vrais fidèles, nous bénirons chaque jour le nom de notre bienfaitrice… ».
La Reine donna une réponse à cette requête, mais une réponse négative. Les Fabriciens, de leur côté, adressaient aussi une demande à la Préfecture : ils souhaitaient un secours financier nécessaire pour faire les réparations les plus urgentes. La réponse fut du même genre que celle de la Reine : « la commune doit épuiser tous les moyens que la loi permet de mettre en usage, pour créer les fonds dont elle a besoin ». Le Conseil de Genlis va alors fait preuve d’une grande ingéniosité tout au long du XIXe siècle, pour trouver les fonds nécessaires pour payer les réparations de l’ancienne église mais aussi de toute les autres constructions entreprises (écoles, halles….). Par exemple, la ville décida de mettre en réserve un pâturage afin de mettre en vente l’herbe sur pied pour faire du foin au plus offrant. 

Mais le 5 août 1841, le Conseil de la ville constate qu’il est désormais dangereux de fréquenter l’église et décide alors d’en interdire la fréquentation au public. Il propose alors de célébrer l’office divin dans la salle au-dessus du magasin des pompes de la halle. Mais l’église restera tout de même ouverte pour les besoins des pèlerins. Puis, au début de 1843, l’architecte Sirodot conseille vivement de ne plus ouvrir l’église au public et cette fois ci, le Conseil de Genlis interdit complètement son accès. Le service divin est désormais rendu dans la salle des audiences de la Justice de Paix. Cependant cette salle est nettement insuffisante pour accueillir tous les genlisiens qui fréquentent les offices. De plus, les sièges et les bancs de la salle des audiences avaient été mis aux enchères : les pauvres et les moins aisés de la ville n’avaient donc pas les moyens d’assister aux offices. Il n’y avait donc que les gens capables de payer ces places qui pouvaient participer au culte. La construction d’un tout nouvel édifice de culte devenait plus qu’urgent. Mais le problème du financement était toujours là. 
Deux clans s’étaient formés à Genlis à propos de cette question. En effet, il y a ceux qui prétendent que « dans un village, l’église est le grand monument qui attire les regards, c’est le véritable ornement de l’endroit, nous devons donc en faire un digne de notre pays », et ceux qui leur répliquaient que « Jésus n’a-t-il pas voulu naître dans une étable, dans une crèche ? Pourquoi donc voulez-vous lui bâtir un palais !». Mais le 5 août 1841, le Conseil municipal décide qu’ « une commune de l’importance de celle de Genlis ne peut se passer d’église et qu’il est urgent d’en construire une ». Mais comme les finances sont insuffisantes, il préfère rétablir les parties en ruine de l’église. Cependant, l’architecte Sirodot établit le constat suivant le 24 janvier 1842 : « Je pense que le clocher quoiqu’en très mauvais état peut être conservé en y faisant quelques réparations, mais il n’en est pas de même de la nef et des chapelles qui menacent ruine, elles doivent être entièrement démolies. Le chœur est étroit, enterré, malsain, et a besoin de nombreuses réparations… ». Le coût estimé de la réfection est estimé à 36 000 F, et il faut noter que pour le double de cette somme, Genlis pouvait investir dans une nouvelle construction.

C’est alors que le 6 août 1843 le Conseil municipal de Genlis décide enfin d’édifier une toute nouvelle église. 
Le 9 avril 1849 la démolition de l’église en ruine était autorisée mais ce jugement n’était qu’une formalité administrative puisque elle avait déjà débuté avant. En effet, on apprend qu’en février Pierre Mazoyer s’y tua sur le chantier de démolition. Ainsi, on apprend dans l’adjudication des travaux à effectuer pour la démolition du restant de l’ancienne église que « Les feux allumés les sieurs Jacques Thomas manouvrier à Genlis et François Clerget manouvrier au même lieu ont dit un sur neuf ce qui réduit le prix de cette adjudication à la somme de 150 F, deux feux s’étant éteint sans enchères, la délivrance demeure définitivement tranchée auxdits sieur Jacques Thomas et François Clerget tous les deux manouvriers à Genlis pour ladite somme de 150 F et ont signé. ». Un projet voulait conserver le chœur et la sacristie pour les transformer en salle d’asile mais pour cause d’insalubrité il fut abandonné. D’autre part, le groupe de la Trinité, dont il sera question plus loin, a été retrouvé pendant l’extraction des matériaux des fondations de l’ancienne église. Elle était dissimulée contre un pilier à gauche près des fonds baptismaux, et elle était recouverte d’un affreux badigeon. Les ouvriers qui la découvrirent reçurent en récompense de 10 F de la part de la municipalité pour « l’objet d’art qu’ils ont trouvé ».


Á titre anecdotique, nous pouvons nous arrêter un instant sur quelques épisodes de la période révolutionnaire que connu l’église Saint-Martin. En effet, en 1794, ou plus exactement le 3 Germinal An II, la croix du clocher fut remplacée par un bonnet phrygien. Á partir du 15 Vendémiaire An VII, le porche sert désormais de lieu de réunion des citoyens et pour les fêtes décadaires. Le 15 Brumaire An VII, les citoyens décident d’orner le « temple décadaire » aux frais des contribuables du canton « au marc le franc des contributions ». Enfin, tous les battants des cloches furent enlever le 25 Frimaire An VIII.

 

La nouvelle église Saint-Martin

Ce n’est donc qu’à partir du 6 août 1843 que la construction de la nouvelle église Saint-Martin est décidée . Le 10 décembre de la même année un devis est alors dressé. Cette église devra être construite pour accueillir 1 200 habitants bien que la commune n’en compte que 1 000 mais elle est susceptible d’augmenter. Le Conseil souhaite également que les questions de « luxe » soient laissées de côté au profit de la solidité et de la simplicité de l’édifice. En effet, il ne faut pas dépasser les 60 000 F prévus.

Lors d’une séance extraordinaire du Conseil municipal du 15 juin 1844, les trois projets pour la nouvelle église sont présentés. Selon le premier projet, « l’église devait être placée au milieu du jardin du presbytère, mais Monseigneur l’Évêque qui a visité les lieux assisté du Maire et de quelques membres du Conseil, a déclaré qu’il s’opposerait de tous ses efforts à la réalisation de ce plan, par le motif que l’église ainsi placée serait beaucoup trop près de la grande route, que le service divin serait troublé par le passage continuel des voitures et que la poussière ternirait tous les ornements de l’église ». Dans le second projet, « Monseigneur l’Évêque a substitué un autre, qui consistait à placer l’église sur l’emplacement même du presbytère, de manière à ce qu’il ne se trouve plus entre la nouvelle construction et le mur de […], que l’espace suffisant pour que la procession fasse le tour de l’église. Mais ce projet mettait la commune dans la nécessité de démolir de suite le presbytère, ce qui, outre la question de dépense à laquelle elle ne peut faire face en ce moment, l’obligerait à chercher un logement convenable à Monsieur le Curé pendant la reconstruction de l’église et du presbytère, chose impossible à trouver en ce moment à Genlis ». Enfin, le troisième et dernier projet propose « de construire l’église de manière à ce que le chœur touche la première chambre du presbytère, et à ce que la façade se trouve à 24 mètres de la grande route, cette distance serait suffisante pour obvier à tous les inconvénients que Monseigneur l’Évêque trouve à l’exécution du premier projet, et le presbytère ne serait reconstruit qu’après l’achèvement de l’église, ce qui donnerait un peu plus de temps à la commune pour se procurer les ressources nécessaires pour faire face à cette nouvelle dépense ». C’est ce projet qui sera adopté, ainsi que les plans et devis établis par l’architecte Sirodot le 10 décembre 1843. Mais les travaux sont désormais estimés à 76 117.92 F.

De mesures financières extraordinaires devront alors être prises. En effet, la commune amodiera ses droits de pêche et de chasse, adoptera toutes les demandes d’achat de terrains communaux que les habitants déposeront, pour bâtir ou pour alignement, et refusera presque toutes les requêtes tendant à augmenter les dépenses imprévues. Elle prendra aussi toute une série de mesure pour arrondir les ressources communales comme une augmentation des ressources diverses ou encore la vente des matériaux de l’ancienne église. Et dans un extrait du registre des délibérations, lors d’une séance extraordinaire du 19 décembre 1844, on apprend que 10 centimes additionnel au principal de la contribution est voté, et que ces 10 centimes supplémentaires porteront sur les années 1848 à 1852 inclus.

La construction fut alors adjugée à Dijon, le 8 août 1846 à Rémy Billiette et Antoine Guigre pour 65 416.54 F, et la pose de la première pierre eut lieu le 25 avril 1847, à 13 heures. En effet, le Conseil municipal se rendit sur l’emplacement où l’église devait être construite pour poser la fameuse première pierre où était scellée une plaque de cuivre portant l’inscription suivante : « Cette église a été édifiée en l’an de grâce 1847, sous le règne de Louis-Philippe Ier et le pontificat de Pie IX durant l’administration de M. de Champlouis, Préfet de la Côte d’Or, Monseigneur Rivet étant Évêque de Dijon, et Monsieur Bouzereau Curé de Genlis [suit ensuite toute la liste des membres du conseil municipal] sur les plans de M. Auguste Sirodot, architecte à Dijon, par MM. Guigre et Billiette, entrepreneurs. ». 


Il n’y a pas eu de problème majeur pendant les travaux mis à part un arrêt du chantier au début de l’hiver 1846 à cause d’une période de gel. En mai 1847, les travaux ont également été mis en attente car certains habitants trouvaient la nouvelle église trop petite. L’architecte préféra attendre la décision du Conseil sur cette question avant de poursuivre les travaux. Ainsi, on apprend dans un courrier du 13 mai 1847 de Sirodot, adressé au Maire de Genlis que la surface intérieure de la nouvelle église, sans le chœur, est le double de l’ancienne : cette surface est alors suffisante pour 650 places, nombre qui est égal au deux tiers de la population. L’architecte explique alors que « c’est suivant cette proportion que l’on a coutume de calculer l’étendue de l’église pour les communes de 500 à 1 000 habitants, les personnes malades, absentes de la commune, ou préposées à la garde de maisons forment grandement l’autre tiers, et [qu’il] fait observer qu’il n’est nullement ici question des personnes qui s’abstiennent d’assister aux cérémonies du culte. Au-delà de 1 000 habitants, le rapport du 2/3 n’est plus suivi, ainsi l’église d’une commune de 3 000 âmes n’offre pas 2 000 places, et Dijon avec ses 28 000 habitants n’a tout au plus que 6 000 places dans les trois églises paroissiales ». De plus, si l’agrandissement demandé est accepté, il sera nécessaire d’ajouter une nouvelle arcade sur la longueur de la nef. De ce fait, les deux petites portes latérales de l’édifice ne seront plus au milieu de la longueur de la nef. Ce rallongement du bâtiment offrira 112 places supplémentaires mais augmentera aussi la dépense totale de 6 500 F. Cependant l’agrandissement de l’église n’eut pas lieu. Lorsque les travaux furent terminés, l’évêque de Dijon, Monseigneur François Victor Rivet, procéda à la bénédiction de la nouvelle église Saint-Martin, le 12 novembre 1849. Á cette occasion, le conseil municipal vota, le 4 du même mois, une somme de 94 F pour offrir un banquet aux entrepreneurs et aux sapeurs-pompiers, ainsi qu’une somme de 25 F à distribuer, sous forme de vêtements aux plus nécessiteux de la commune de Genlis.

Le devis des travaux à exécuter pour la construction de l’église, établi le 10 décembre 1843, nous donne une description détaillée de l’édifice. L’église sera alors élevée sur un terrain dépendant du presbytère. Il sera laissé un passage de 6.50 mètres autour du bâtiment du côté de la rue latérale. La surface sera d’environ 200 mètres carrés. La tour du clocher sera placée à l’entrée en façade principale. L’église sera pourvue de trois nefs séparées par des arcades sur colonnes et aura un chœur semi-circulaire. La sacristie sera placée derrière le chœur et il sera également flanqué de deux chapelles : l’une dédiée à saint Martin, l’autre à la Vierge. Il y aura aussi deux chapelles de part et d’autre de l’entrée principale : la chapelle des fonds baptismaux et la chapelle des Morts (fig.36 et 37). 


Le clocher sera surmonté d’une flèche à huit pans et couverte en ardoise d’Angers (fig.38). Ses abats-vents seront tout en bois de chêne. D’autre part, un extrait du registre des délibérations, du 9 novembre 1920, relate qu’une réparation de la toiture du clocher est nécessaire car son état pourrait compromettre la conservation tout entière de l’édifice. Et ce n’est que le 27 mars 1923 que le devis de ces travaux est approuvé. Ce devis a été dressé par M. Lerat, architecte à Auxonne, et il s’élève à 2 000 F mais comprend aussi la réparation du coq et le remplacement de la boule de la flèche. 

La couverture de l’édifice sera en tuiles plates posées sur un lambrissage à recouvrement pour empêcher les infiltrations de neige. Elles proviendront de la tuilerie de Premières ou Longchamp. 

L’église de Genlis sera réalisée en pierre de taille venant des carrières de Dijon, sauf certaines parties, comme les seuils, les perrons ou les socles qui viendront de Lux ou de la côte.

Quant aux fondations, elles seront faites en moellons. Dans le devis, il est précisé que cette pierre de taille devra être de bonne qualité […] et ne pourra être utilisée qu’après avoir jeté son eau de carrière pour éviter les effets de la gelée. De plus, toute pierre bleue sera rejetée.

La charpente sera en bois de chêne. Il est précisé que la voûte de la nef et du chœur sera établie suivant le système de Philibert Delorme: les fermes seront assemblées en pas sur des sablières en chêne placées dans les murs au dessus de la naissance des voûtes c'est-à-dire « au moyen de courbes en planches, système qui parait le plus économique au conseil municipal ».

Le pavé intérieur sera réalisé en dalle de pierre dure provenant des carrières de Dijon. Les enduits extérieurs seront faits en mortier de chaux hydraulique de bonne qualité, éteinte en poudre et de sable fin, vif et non terreux, pris à la Tille et passé à la claie.

Quant aux enduits intérieurs, ils seront réalisés de la même manière. Ils seront ensuite dégrossis en mortier de chaux ordinaire et sable et terminés en plâtre blanc. Le plafond sera muni d’un lattis de sapins, puis il sera recouvert de plâtre blanc. Les planchers seront posés de différente manière selon leur emplacement. En effet, dans la sacristie il sera en planches de chêne, dans le beffroi en madriers du même bois mais dans les autres parties il sera en planches de sapins. 
Ce devis fournit également des détails sur le terrassement, la maçonnerie, la taille de la pierre, la charpente, la couverture, la ferblanterie, le pavage, les enduits, les corniches et moulures en plâtre, la menuiserie, la serrurerie, la peinture d’impression et les vitraux. Un tel document permet alors de voir les techniques employées à l’époque pour la construction de grands bâtiments.

Un traité gré à gré pour la confection du mobilier de l’église avait été passé, le 10 février 1849. Le devis avait été rédigé par Sirodot. L’entrepreneur Billiette devait alors fabriquer les bancs de la nef, des bas-côtés et du chœur ainsi que le lutrin. La dépense était estimée à 6 590.58 F mais la commune n’en avait pas les moyens financiers. Mais dans un procès verbal de réception des travaux des bancs et de la chaire à prêcher, on apprend qu’un rabais de 6 % avait été appliqué sur l’estimation portée au devis. Cela revenait donc à 6 195.15 F. De plus, on voit donc qu’indépendamment des ouvrages qui font l’objet ce marché (les bancs), la municipalité avait commandé une chaire à prêcher et plusieurs autres objets. Mais dans ce document, on peut lire que tout le mobilier prévu dans le devis n’a pas été réalisé. Il y avait ainsi une armoire pour la sacristie, un maître-autel, un appui de communion, une cuvette de fonds baptismaux, des bénitiers, quatre grilles pour fermer la chapelle des fonds baptismaux et une cage d’escalier pour accéder au clocher.

D’autre part, un devis établi toujours par le même architecte, le 8 juin 1849, porte spécialement sur la marbrerie de l’église de Genlis, c’est-à-dire sur la confection des autels. Trois autels sont donc commandés, dont deux plus petits identiques. Ces deux autels auront un corps à forme droite comme pour le maître-autel. Le devant et les côtés seront à panneaux octogonales avec de petits boutons ou rosaces en cuivre doré placés dans les vides formés par les angles coupés. Leurs tabernacles seront décorés d’une corniche et d’une astragale. Leurs portes seront confectionnées comme celle du maître-autel, c’est-à-dire ferrées et l’intérieur sera garni d’une caisse en bois de chêne doublée de velours cramoisi. Toute la décoration supérieure sera en plâtre gris et se composera d’une arcade comprise entre deux pilastres d’ordre corinthien reposant sur des piédestaux et supportant un entablement et terminé par un fronton triangulaire. La corniche de cet entablement sera a modillons ornés et à denticulés. Le dessus de ces autels sera recouvert de marbre et non de plâtre. Enfin, les trois marches qui permettent d’accéder à ces autels seront confectionnées en parquet. 
En ce qui concerne les ornements liturgiques, l’église de Genlis abritait plusieurs tableaux. La Vierge visitant sainte Elisabeth, par Coë, avait été offerte par l’État d’après la demande du Maréchal Vaillant, qui quant à lui, légua par testament de 10 000 F. En effet, ce grand Maréchal du Palais voulant « donner à la commune de Genlis un témoignage de l’affection qu’il a conservée pour elle en souvenir de la résidence de son vénérable oncle l’Abbé Canquoin, a bien voulu recourir à la bienveillance de sa Majesté et en a obtenu, pour l’ornement de l’église de Genlis, un tableau […] ».

Une dizaine d’année plus tard, dans les années 1860, l’État offre une autre œuvre à l’église de Genlis, toujours à la demande du même homme : un Saint Michel terrassant le dragon de Ponte d’après Raphaël. D’autre part, Patouillet, dans sa monographie signale encore d’autres œuvres. Un Notre Seigneur montrant ses plaies à saint Thomas, sans doute d’école espagnole, avait été offert par madame Guyon, née Patouillet, et pensionnaire du Théâtre français. Elle obtint aussi pour l’église de la part du gouvernement impérial un Notre Seigneur accompagné de saint Pierre et de Saint Jean qui baisent les plaies de ses mains de Landelle. Selon le Bénézit, et si l’artiste en question est le même que celui dont parle le dictionnaire, Landelle Charles Zacharie est un peintre de compositions religieuses, de scènes de genre et de portraits du XIXe siècle français. En effet, il est né le 2 juin 1812, à Laval en Mayenne. Il est mort en 1908. C’était un élève de Paul Delaroche et d’Ary Scheffer. Il débuta au Salon de Paris en 1841, obtint une médaille de troisième classe en 1842 et une de première classe en 1848. Il reçut également une médaille à l’Exposition Universelle de Paris en 1855, et de Philadelphie. Il épousa le peintre Anaïs Lejault, dite Beauvais, ou encore Anaïs Landelle. Landelle fut aussi Chevalier de la Légion d’Honneur. Au début de sa carrière, il peint d’abord de grandes compositions religieuses notamment pour les églises Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Sulpice et Saint-Roch à Paris. Après un voyage en Orient, sa carrière prend un tournant : il s’intéresse désormais aux sujets de genre et aux portraits. Et enfin, il y avait aussi Le Crucifiement (fig.58), une toile anonyme du XVIe siècle selon l’auteur de la monographie de Genlis ou du XVIIe siècle selon les Monuments Historiques. Cette œuvre est désormais en lieu sûr. D’après l’inventaire mobilier effectué en février 2004, l’inventaire de janvier 1906 mentionnait trois tableaux, mais aujourd’hui, il n’en reste plus que deux. En effet, lors de travaux de réfection, un ouvrier est tombé avec la tableau : il est passé au travers de la toile qui a ensuite été brûlée car jugée irréparable ! L’église de Genlis renferme aussi deux sculptures notables : un Saint Martin (fig.35) et le fameux groupe de la Trinité (fig.59) d’école slutérienne. Cette sculpture sur pierre mesure 1.15 m de haut, sur 0.53 m de large. Pirat prétend que cette œuvre « a une histoire…d’où le mystère n’est pas exclu ». En effet, nous avons déjà parlé des circonstances de sa découverte mais ce qui est inconnu, en revanche, est la raison qui a poussé une personne à dissimuler, ou tout simplement déposer, ce groupe dans les fondations de l’ancienne église. L’auteur de l’étude sur les églises de Genlis émet deux hypothèses. En effet, cette sculpture a peut être été cachée par le curé, ou tout autre Genlisien, lors du passage de Gallas dans la plaine en 1636, ou bien à l’époque de la Révolution pour la protéger de toutes ces mains malveillantes. Patouillet, dans sa monographie, penche plutôt pour la première hypothèse. En effet, si elle avait été dissimulée seulement à la Révolution, elle aurait été récupérée après les évènements. Les Genlisiens n’auraient pas oublié une telle œuvre si vite. Tandis qu’au contraire, lors du passage des troupes de Gallas, Genlis avait été presque entièrement dépeuplée. Dans ce cas, le souvenir de la cachette de cette sculpture serait parti avec les victimes des opérations de Gallas. Mais Pirat serait plutôt partisan de la deuxième hypothèse. En effet, il souligne que le curé Fresne quitta Genlis en pleine Révolution, en 1792, et qu’il aurait pu mettre en lieu sûr La Trinité mais sans en faire part à qui que ce soit. De plus, Pirat ajoute que si cette œuvre avait été cachée en 1636, elle aurait pu aussi être accompagnée d’autres objets de valeur pour échapper aux pillards. Mais il se résigne à conclure sur ces mots : « Autant d’hypothèses qui, si elles exacerbent agréablement notre désir de savoir, n’en créent pas moins un …deuxième mystère de la Trinité ! ». Quoi qu’il en soit, nous pourrions ajouter que Dieu seul le sait ! Par ailleurs, cette œuvre a été classée Monument Historique en 1913. De ce fait, elle a été prêté au musée des Beaux-arts de Dijon, du 18 septembre au 3 décembre 1990, pour l’exposition « Claus Sluter en Bourgogne : mythe et représentation ». Mais en raison du succès de l’exposition, le prêt a été prolongé jusqu’au 7 janvier 1991. Une maison spécialisée, une marbrerie de Gray, avait procédé à l’enlèvement de la statue. En effet, étant donné sa valeur, il a fallu prendre des précautions. D’ailleurs, les Monuments Historiques, qui avaient autorisés le prêt, avait donné comme valeur d’assurance, la somme de 100 000 F.

La confection des orgues de l’église avait été décidée le 4 janvier 1857 par le Conseil de la Fabrique, et devais l’être aux frais du curé. Mais Patouillet pense que le financement de ces orgues était dû à un don de Madame Mimeure, la veuve du cinquième marquis de Mimeure. Cet instrument de musique a été réalisé par Rothé, facteur d’orgues à Dijon, et le buffet qui l’accompagnait par Billiette, menuisier à Dijon également. Les orgues furent installés à l’église le 4 juin 1857. Cependant, ils ne jouèrent pas immédiatement. En effet, le 16 novembre 1858, le Conseil municipal constate que « l’orgue est sans emploi » car personne ne sait en jouer dans la ville ! Il vota alors une somme de 200 F pour payer un professeur qui apprendrait à en jouer à plusieurs personnes de Genlis. Ces orgues ont ensuite été réparées, en 1875, par Dietsch, facteur à Dijon et frère du compositeur de musique religieuse, puis restaurés en 1991.

En ce qui concerne les cloches,’en 1806, le clocher n’avait qu’une petite cloche de 200 à 250 kg. Comme elle paraissait insuffisante, elle fut remplacée par une cloche plus grosse : elle pesait alors 979 kg. Puis, la petite étant fêlée, elle fut vendue en 1816. La somme qu’on en tira servi à acheter une horloge pour le clocher. La plus grosse cloche servait aux sonneries diverses de la vie communale jusqu’en 1899, date à laquelle elle fut fondue et remplacée par un jeu de 5 cloches. Et chacune de ces cloches a sa propre histoire…La première cloche de l’église de Genlis a été bénie en avril 1500 mais fut fondue pour en faire une plus grosse en 1704. Cette nouvelle cloche fut bénie à son tour le 21 mars (ou mai) de la même année. Ainsi, « Le 21 mai 1704 la grosse cloche de Janly a été bénite au nom et en l’honneur de saint Martin patron du lieu, par moi soussigné curé de Janly par une permission de Monseigneur de Chalon. L’inscription qui était dessus quand elle fut refondue était comme s’ensuit : l’an 1500 je fus bénite en avril et suis au clocher de Janly. Le parrain est M. Jean Mailhaud fils d’honorable Joseph Mailhaud et de damoiselle Bernarde Gremuet ; la marraine est damoiselle Bernarde Joly, fille de M. Claude Joly fermier à Janly et d’Etiennette Marchet ». Ensuite, le 19 décembre 1751, le seigneur de Genlis de l’époque offre une cloche à l’église. Elle est bénie le jour même. Ainsi, « Le 19 décembre 1751, je soussigné curé de Janly ayant les pouvoirs et permission de Monseigneur l’évêque de Chalon-sur-Saône ait fait la bénédiction d’une cloche dont messire Fyot marquis de Mimeure seigneur de Janly et Huchey a fait présent à l’église dudit Janly qui a été montée au clocher le jour suivant ayant nommé par Jacques Dugied fils de M. Dugied marchand, maître de poste à Janly et demoiselle Dumagny nièce dudit sieur Dugied lesquels parrain et marraine ont demandé que la susdite cloche fut bénite aux noms de saint Jean et saint Martin patron de l’église ». La grosse cloche, celle de 979 kg, fut alors achetée en 1806 pour 3 800 F chez Jean-Baptiste Fort, « marchand de fer » à Dijon. Selon Pirat, le métal provenait d’une cloche de 1 050 kg enlevée du clocher de Saint-Symphorien-Sur-Saône pendant la Révolution. En effet, selon les archives, « la commune ne peut se passer d’une cloche beaucoup plus forte que celle qui existe dans la paroisse pour les points du jour, les incendies, etc.… » car elle était fêlée elle ne « produit pas un son assez fort pour se faire entendre à 300 pas ». Puis, en mars 1899, le curé de Genlis demandait l’autorisation de faire refondre la cloche de l’église, c’est-à-dire la plus grosse, pour en faire trois nouvelles. Le conseil municipal de la ville accepta, mais sous quelques réserves qui, comme nous l’apprend Pirat, « vont engendrer une joute épistolaire fort intéressante ». Ainsi, le 9 mars 1899, le conseil municipal émet les réserves suivantes quant aux sonneries des cloches : « [la nouvelle grosse cloche servira] pour sonner les glas et enterrements des morts sans distinction de fortune et sans redevances ni augmentation du prix habituel » mais aussi que la municipalité « se réserve la faculté de faire sonner les quatre cloches pour annoncer la fête nationale si elle le juge convenable » et « afin de permettre aux personnes occupées aux travaux des champs un peu éloignées de Genlis d’entendre l’heure de midi, le Conseil désire que cette heure soit annoncée par la seconde cloche comme grosseur ». De plus, on y apprend que MM. Farnier, fondeur, et Sirodot, architecte, avaient rapporté que le clocher et le beffroi qui devaient supporter les cloches étaient assez solides et qu’il n’y avait pas « lieu de craindre aucune avarie provenant du fait de la sonnerie à établir ». Cette réserve recevait alors une réponse préfectoral presque un mois plus tard : « [L’évêque de Dijon autorise l’installation des cloches] mais à la condition toutefois de supprimer le première réserve [qui s’oppose] au droit que la loi confère aux fabriques d’établir des classes et des tarifs gradués pour les pompes de funérailles ». Le mois suivant, le desservant écrivait alors que c’est à la fabrique et au curé que la loi confère le droit « de régler les sonneries pour les cérémonies religieuses et d’établir les tarifs pour les sonneries des inhumations – [qu’il était] désolé après 17 années d’entente amiable entre la commune et [lui] que cet accord put être troublé pour une affaire d’une importance, après tout, minime. Voulant donc, comme toujours, apporter en cette affaire un esprit de conciliation qui puisse sauvegarder des deux parts les susceptibilité les plus légitimes, [il priait le maire] de vouloir bien proposer au conseil de remplacer par l’expression d’un vœu, la condition trop obligatoire inscrite dans la délibération qui fait l’objet du litige. [Il s’engage ainsi à se] conformer à ce vœu dans toute la mesure du possible. De cette façon, la loi ne sera point violée, les vœux du conseil municipal seront accomplis […] ». Á cela, le conseil municipal délibéra fin mai de la manière suivante : « Que si la réserve faite par le Conseil est réellement opposée aux droits des fabriques d’établir des distinctions de classes pour les pompes des funérailles, il ne peut que regretter que sous un régime républicain, les principes d’égalité soient méconnus, mais ne peut être d’avis que l’ancienne cloche qui a sonné le glas de ses ancêtres reçoive après sa refonte une autre destination, c’est-à-dire devienne l’objet servant à établir des distinctions dans la société et de supprimer l’égalité la plus respectable parmi nos saines populations : l’égalité devant la mort. Que par sa lettre du 25 courant, M. le Curé, pour sauvegarder ses susceptibilité qu’il reconnaît légitimer, prend l’engagement de se conformer à l’engagement fait par le conseil dans sa délibération du 9 mars dernier à la condition que la réserve y contenue soit transformée en vœu et ce afin d’éviter tout conflit dans l’avenir. ».Et enfin, début 1900, le conseil municipal de Genlis renouvela au nouveau desservant les engagements que nous venons de relater. Ce jeu de cloches s’éleva finalement à cinq puisque le fondeur en offrit une petite. Elle fut baptisée Henriette. Il y avait donc le Bourdon de 1 150 kg, la Perrine Marie-Ange de 650 kg, la Julie Anatolie Alice de 460 kg et la Paule de 330 kg. Ces cinq cloches furent bénies le 24 septembre 1899 par Monseigneur le Nordez, évêque de Dijon car Monseigneur Frérot, ancien curé de Genlis et évêque d’Angoulême, qui devait procéder à la bénédiction, venait de mourir quelques jours avant. C’est aussi ce qui explique que la grosse cloche porte l’inscription suivante : « j’ai été bénite par Mgr Frérot […] ».

Quant à l’horloge du clocher, elle a été installée en 1913. Cependant, il y en avait déjà une en 1889, puisqu’une lettre du 22 octobre de la même année parle de l’horloger chargé de la remonter : « Je soussigné Laurent Henry, horloger demeurant à Genlis, déclare prendre l’engagement de remonter chaque jour l’horloge communal de Genlis à partir du 1er novembre 1889 moyennant la somme de 500 F par an et de faire gratuitement les réparations pendant le temps que je serai chargé de sa remonte, jugée nécessaire à son bon fonctionnement ». Mais revenons à celle de 1913. Le 28 juin ce cette année, était voté une imposition extraordinaire pour l’achat d’une nouvelle horloge. Il s’agissait de 5 centimes ajoutés au principal des quatre contributions directes, dont le montant serait réparti sur 1914, 1915, et 1916. Le produit de cette imposition servirait alors à payer les frais d’achat et l’installation d’une nouvelle horloge pour le clocher de la ville. En septembre, le conseil municipal autorisait M. le Maire à traiter de gré à gré avec MM. L. D. Odobey Cadet, horlogers mécaniciens à Morez-du-Jura, pour la fourniture et la pose de l’horloge. Mais en fait, la pose de l’horloge a été confiée à M. Bredimus, horloger à Genlis. En se penchant sur le traité de fourniture de l’objet, on apprend que « cette horloge aura 3 corps de rouages et marchera le mouvement 8 jours et les sonneries 8 jours pour un remontage. Elle sonnera les heures avec répétition sur cloche existante du poids de 900 kg environ, et les quarts à 2 coups pour chaque quart sur 2 autres cloches existantes. Elle indiquera les heures et les minutes sur 2 cadrans dont 1 petit en émail adapté au mécanisme de l’horloge et servant d’indicateur pour la remise à l’heure à volonté et sur un autre cadran existant dont la remise à neuf sera faite par les soins de M Bredimus. ». Dans ce bon de commande, vient ensuite toute une description technique. Ainsi, le bâti du mécanisme, ou la cage de l’horloge, sera composé de fer cornière dressé. Il sera verni noir avec des filets bronzés. Ses roues seront également en bronze. Un petit cadran d’émail fixé à l’horloge et indiquant les heures et les minutes permettra de faire plus facilement le remise à l’heure du cadran extérieur. De plus, l’horloge sera placée dans une armoire en bois de sapin avec une devanture vitrée pour permettre le remontage sans ouvrir l’armoire. Il est également précisé que la commune s’engage à faire remonter et entretenir l’horloge convenablement et à ses frais. D’ailleurs, un arrêté du 15 janvier 1923, nommait un préposé au remontage de cette horloge. En effet, « M. Bredimus Paul, horloger demeurant à Genlis, est chargé du remontage de l’horloge publique installée au clocher de l’église de Genlis. Cette nomination est faite avec effet du 1er décembre 1922. M. Bredimus recevra un salaire annuel de 150 F payable en une seule fois le 1er décembre de chaque année. ». 

D’autre part, le programme iconographique de l’église de Genlis est basé sur les cycles de la vie de saint Martin et de celle de la Vierge Marie représentés sur les vitraux . Le cycle de saint Martin débute à gauche de la porte d’entrée principale par la Charité du saint . Ensuite, viennent les épisodes de la réanimation d’un catéchumène à Saint-Ligugé , la conversion des soldats gallo-romains , le défit de saint Martin aux druides et la chute des arbres sur ceux-ci, saint Martin attaqués par des bandits païens, Saint-Martin célèbre la messe à Marmoutier (monastère qu’il a fondé) , la mort du saint à Canciès, la montée de saint Martin au ciel. Ce cycle se termine par la statue de saint Martin évêque. En parallèle, sur le bas coté de droite, se développe le cycle de la Vierge. Il commence par le groupe sculpté de la Trinité. Puis les vitraux représentent tout à tour, le Vierge de l’Apocalypse qui revient à la fin des temps, Marie avec Anne et Joachim, la présentation au Temple, l’Annonciation, Marie au Temple avec Anne et Siméon, le cœur de Marie percé par un glaive, l’Assomption de Marie , et saint Dominique qui reçoit le Rosaire des mains de Jésus par Marie. Ce cycle sur le Vierge s’achève par la statue de la Vierge à l’Enfant. De plus, au niveau du chœur de l’église, de part et d’autre de la Croix, les vitraux représentent la Nativité et la Résurrection.

L’histoire de l’église Saint-Martin de Genlis ne peut être retracée sans relation avec son presbytère et son cimetière. Intéressons-nous alors à l’évolution de ces deux éléments qui font aussi partie de la vie paroissiale de la commune de Genlis. 

Le presbytère

Comme nous l’avons vu plus haut, le presbytère de Genlis avait besoin de travaux de réparation, puis avec l’édification de la nouvelle église qui empiétait sur ce bâtiment, sa reconstruction s’avérait nécessaire .

Un devis établi le 1er juin 1854, par Destot architecte à Dijon, s’empare du problème. On y apprend alors que le conseil municipal avait fait étudier à l’architecte un premier projet contenant un rez-de-chaussée seulement avec une cuisine en terre battue. Mais après avoir présenté plusieurs études sur ce programme, l’architecte fit remarquer à la municipalité de Genlis l’insuffisance d’une pareille cure pour un chef-lieu de canton. Un deuxième projet fut alors établi. Le presbytère aurait un premier étage mais ses dimensions étaient réduites. La commune de Genlis approuva ce nouveau devis tout comme la préfecture mais elle préconisait des dimensions plus vastes. Ce troisième projet fut cependant refusé par la municipalité car il était trop coûteux. Enfin, un quatrième et dernier projet fut établi à la demande de la commune. Ils fut alors accepté par les autorités municipales et préfectorales. Ce projet comprenait un bâtiment principal composé d’une cave, un rez-de-chaussée avec deux pièces principales, deux cabinets, un corridor et une cage d’escalier, puis au premier étage se trouvaient trois pièces principales, deux cabinets et la cage d’escalier, et enfin un grenier sous combles. Ce bâtiment principal était flanqué de part et d’autre de deux autres petites constructions. L’une comprenait la cuisine, la chambre à four, et l’évier, quant à la deuxième, elle abritait une remise, une écurie, un bûcher et les lieux d’aisance.

Un mois plus tard, l’adjudication des travaux est prononcée et revient aux « sieurs Garraud et Guy entrepreneurs » pour la somme de 16 011.18 F. De plus, un extrait du registre des délibérations, du 25 septembre de la même année, porte sur l’avis du conseil sur l’emplacement qu’occupent l’église et le presbytère. En effet, le conseil approuve le nouvel emplacement de la cure, au fond du jardin de Monsieur le curé, car le premier emplacement était trop proche de la route pour faire pendant à l’école de l’époque. Pendant la durée des travaux, le curé logeait dans un petit appartement prêté par le marquis Fyot de Mimeure. Ensuite, en septembre 1856, des travaux sont entrepris pour la construction du mur de clôture du jardin du presbytère. Une palissade en bois de chêne a alors été élevée pour la somme de 3 089.68 F « déduction faite de la gélinière dont le conseil par la délibération du 11 août de la même année avait demandé la suppression ». Enfin, un devis établi en novembre 1857 portait sur des travaux de terrassement pour partager le jardin et la cour de la cure.